1999

L’Autoroute de Dominick Parenteau-Lebeuf est créé en 1999 avec de nombreux coproducteurs: Scène nationale de Chambéry et de la Savoie (France), Centre national des arts (Ottawa), Théâtre de la Ville (Longueuil) et Scène nationale de Narbonne (France). On a mis en œuvre tous les moyens pour que le spectacle connaisse un vrai succès et que le texte s’inscrive dans un répertoire vivant…  Comme pour Petit Navire de Normand Chaurette, la diffusion du spectacle ne connaît pas le succès espéré. Comme pour Petit Navire, des années plus tard, Gervais et moi, on se demande encore et toujours pourquoi ce texte si beau, cette mise en scène dépouillée et magnifique où la petite Pascale (Montreuil) était radieuse n’a pas eu une carrière plus longue, une diffusion plus importante. Le texte est pourtant publié chez Lansman dès 1999… Les aléas de la création et de la diffusion surprennent toujours.

L'Autoroute de Dominick Parenteau-Lebeuf, mise en scène Gervais Gaudreault, Le Carrousel, 1999.  Réjean Guénette, Pascale Montreuil. Photo: Yves Dubé.

L’Autoroute de Dominick Parenteau-Lebeuf, mise en scène Gervais Gaudreault, Le Carrousel, 1999.
Réjean Guénette, Pascale Montreuil.
Photo: Yves Dubé.

1999… 132 représentations (inscrites dans 4 tournées dont 3 à l’étranger) : 24 au Québec, 19 au Canada et 89 à l’étranger. Nous avons visité 34 villes dans 4 différents pays.

Ces données indiquent l’importance, certaines années, du travail à l’étranger… Quand on pense qu’un des premiers gestes du gouvernement Harper a été de couper les subventions de tournées à l’étranger (qui touchaient de plein front les compagnies au rayonnement le plus important), on peut facilement imaginer l’impact sur des compagnies qui en vivaient, faisaient vivre les artistes d’ici et faisaient entrer des fonds au pays. Pauvre Stephen qui ne connaît que le hockey!

 Je termine la décennie et le siècle à Mexico, avec la Résidence Canada-Mexique. Ces deux mois vont me permettre de  nouer des amitiés qui sont encore plus vives aujourd’hui, si c’est possible. Luis Martin Solis, Luis Mario Moncada, Alejandra Zea Prado… Pendant deux mois autour d’une table, des auteurs de toutes générations (la plus jeune avait 20 ans… et… au Mexique, il n’y a pas de plus vieux… on travaille jusqu’à la mort et le plaisir de travailler avec quelqu’un n’est jamais perçu dans un rapport hiérarchique), de toutes expériences, pour échanger sur une philosophie et une éthique de l’écriture pour enfants, sur nos projets en cours, nos questionnements. Étonnamment, je découvre – et on me fait découvrir en espagnol – des réflexions passionnantes qui concernent davantage les albums et romans que l’écriture théâtrale, mais le nœud de la réflexion est universel: le besoin d’expliquer aux enfants et la condescendance sous-jacente des discours. Graciela Montès et Ana-Maria Machado ont beaucoup réfléchi sur leur écriture et le geste d’écrire pour enfants. Les titres des livres de Graciela Montès donnent le ton de la réflexion: La frontera indomita (La frontière sauvage, je pourrais traduire de manière plus littéraire La ligne de crête) et El corral de la infancia ou L’enclos de l’enfance).

Peu d’auteurs francophones ont réfléchi sur le fait d’écrire pour enfants… même si des tonnes d’albums et petits romans se publient chaque année, mêlant le meilleur et le pire, jetant le tout aux forces du marché et du goût dominant. Les écritures, dramatique (ce que l’on dit) et scénique (ce que l’on montre), sont encore plus pauvres de ces réflexions essentielles. Pourtant, le théâtre est un art très exposé à la censure et à l’autocensure parce que la rencontre spectateur/œuvre se produit dans un espace public où la fuite est difficile… et non dans l’intimité de la lecture, sous les couvertures, comme je le faisais enfant, et comme les enfants d’aujourd’hui peuvent encore le faire.

Durant ces deux mois, j’ai travaillé avec Berta Hiriart (qu’on retrouvait en mai 2014 au Festival Korszak à Varsovie), Maribel Carrasco, Teresa Valenzuela (qui nous a fait connaître le très précieux Emilio Carballido, un des dramaturges mexicains les plus importants, les plus connus sans préjugé, sans hiérarchie des pratiques qui a publié quatre de mes textes dans la revue Tramoya de l’Université de Veracruz), Gabriela Huesca, Andrea Christiansen (qui travaillait son solo clownesque avec Gervais il y a deux ans), Edyta Rzewuska (qui réunit dans une seule personne notre tendresse pour la Pologne et celle pour le Mexique)… encore toutes des amies. Toutes, est-ce possible? Oui…

Mais surtout, j’ai rencontré Amaranta Leyva, toute jeune auteure encore, presque timide, déjà occupée par-dessus la tête et dont je me rappelle qu’elle ne pouvait pas rester les trois heures pleines des rencontres. Sa presque timidité cachait une vitalité, une diversité de talents (elle est une actrice douée comme il y en a peu, dit Gervais qui connaît bien les acteurs, elle est auteure, elle est chercheuse, journaliste, directrice d’une compagnie… et quoi encore?) Une ouverture et une curiosité qui nourrissent nos dialogues. Nous n’avons jamais cessé de correspondre, de nous envoyer des textes, de souffrir de la distance qui ne permet pas d’échanger les doutes quotidiens, les découvertes qui jaillissent comme des éclairs et meurent presque aussi rapidement, et qu’on retrouve aussi bien dans l’écriture que dans l’expérimentation.

Probablement… de ces deux mois vient mon besoin de retourner le plus souvent possible au Mexique, ce Mexique que Gervais aimera autant que moi, que mes enfants découvriront avec un intérêt sans fond, ce Mexique qui deviendra pour le Carrousel un partenaire moins stable que la France, bien sûr… Les changements de gouvernements font rouler les têtes et tomber les budgets, mais le Mexique reste fidèle à travers ses difficultés de financement et  son instabilité administrative.

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